Lundi, 19h45. Entre chien et loup, à deux pas de la mairie de Ferney, le magasin électoral de Christian Landreau s’éclaire. Des ombres s’activent. Le maître des lieux bien sûr. Mais pas que. Quelques-uns de ses plus proches affidés. Bien sûr mais pas que. Qui sont donc ces silhouettes empruntées piétinant la moquette ? Daniel Raphoz ? Des copains à lui ? Non, sans blaaaaaague…
Cette réunion insolite ressemble à celle de deux familles de là-bas ou d’autrefois, préparant le mariage arrangé de leurs rejetons impuissants. Et si c’était cela, justement…
La liste doit se limiter à 29 invités. Parfois, le ton monte :
– Gardez vos nerfs, entend-on subrepticement.
– Gardons Vonner, répond l’écho.
Il s’agit de garnir la corbeille des mariés sans froisser les susceptibilités ni insulter l’avenir. Les bans doivent être publiés avant 18 heures, ce mardi, à la sous-préfecture. Quelques rictus fusent, hésitants. Les deux familles se détestent et se conchient allégrement depuis des mois et des mois. Voilà six ans, elles avaient même, l’une et l’autre, écarté superbement d’un revers de main toute idée d’union. Mais aujourd’hui…
Aujourd’hui, l’impensable espoir d’acquérir le village pour une poignée de noix (pardon, de voix) n’est plus un vain (ni même un vilain) mot. Alors…
Juliette Gréco chantait : « Marions-les, marions-les, je crois qu’ils se ressemblent… » Et si ce n’était pas qu’une chanson ?











